Des pompiers s’efforcent d’éteindre un incendie à Marcheprime, à l’ouest de Bordeaux, le 26 juillet 2026, alors qu’un feu de forêt ravage le massif situé au nord du bassin d’Arcachon (Gironde) depuis le 22 juillet ( AFP / Alain JOCARD )
Les pompiers français et espagnols affrontent dimanche de gigantesques incendies qui ont forcé plus de 325.000 personnes à fuir, près de Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, où les flammes sont à 15 km de l'agglomération et la situation pourrait empirer à cause de la chaleur, mais aussi dans plusieurs régions espagnoles.
Les pourtours du très touristique bassin d'Arcachon ont notamment fait face à un redoutable "pyrocumulonimbus" appelé "orage de feu", explique à l'AFP le lieutenant-colonel Éric Brocardi.
Face à ce phénomène, comme à l'ampleur des flammes, les pompiers jouent en défense, selon l'image de ce porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers : "c'est une stratégie de guerre, on n'arrête pas de se faire bombarder et il faut mettre tout le monde à l'abri".
"Le feu décide, on subit"
Les températures élevées annoncées pourraient "aggraver le phénomène", redoute la préfète de la Gironde Sophie Brocas. Météo-France prévoit une probable vague de chaleur sur le Sud-Ouest à partir de mardi avec des maximales jusqu'à 40° et des vents un peu moins forts mais plus secs.
"Le vent est tellement changeant que c'est le feu qui décide, nous on subit", glisse une femme pompier.
Un habitant inspecte les dégâts dans une zone résidentielle brûlée après un incendie de forêt à Le Porge, dans le département de la Gironde, dans le sud-ouest de la France, le 25 juillet 2026 ( AFP / JULIEN DE ROSA )
Le brasier géant a englouti 240 habitations, et quelque 220.000 personnes ont été évacuées depuis mercredi, probablement la plus importante opération de ce type jamais menée en France, hors conflit, selon le gouvernement.
De nombreux bénévoles assistent ces réfugiés du feu, comme Yannick Poulet. "Il faut aider tous ceux qu'on peut aider pour sauver les habitants, sauver nos bois, nos villages et nos villes. C'est une petite aide dans cet océan de besoins", décrit ce fonctionnaire territorial de 59 ans.
"Des dizaines, sans doute des centaines de personnes se sont manifestées pour être volontaires", salue Cyril Charpentier Réglat, élu de la ville de Lacanau. "Même la dame, là-bas, vous la voyez, elle a perdu sa maison au Porge et elle est venue prêter main forte".
Des habitants locaux se reposent au Parc des Expositions de Bordeaux après avoir été évacués en raison des incendies de forêt dans la région, à Bordeaux, le 25 juillet 2026 ( AFP / ALAIN JOCARD )
Sur cette côte atlantique française, dans le département de la Gironde, les flammes ont parcouru à ce jour 42.000 hectares (quatre fois la superficie de Paris), "soit 10.000 de plus qu'hier", selon la préfère Brocas.
Elles sont désormais "à 15 kilomètres" de la métropole bordelaise (850.000 habitants), mais une évacuation de la ville n'est "pas à l'ordre du jour", a réaffirmé son maire Thomas Cazenave.
Une fumée orangée obscurcit le ciel de Bordeaux et l'odeur de brûlé atteignait les rues.
Situation "très défavorable"
Au Porge, entre la station balnéaire chic du Cap Ferret et Bordeaux, les images aériennes de l'AFP témoignent de la violence du feu : des rangées de maisons ravagées, des voitures carbonisées et des bâtiments entièrement détruits.
Cette photographie montre la fumée provenant d’incendies de forêt voisins recouvrant la ligne d’horizon de la ville de Bordeaux, le 26 juillet 2026 ( AFP / Ed JONES )
Non loin, le tissu d'industries de défense et de sites scientifiques autour de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, avec poudrerie, usine de missiles et centres de recherches, est désormais sous haute surveillance, exposé à l'incendie massif.
Cette région réputée dans le monde entier pour son vignoble est aussi celle de France qui compte le plus de campings, 45 établissements ont été évacués, représentant environ 40.000 campeurs.
Si aucune victime civile n'est à déplorer, 75 sapeurs-pompiers ont été blessés, dont dix ont dû être évacués.
Après une cellule de crise organisée lundi matin par le président Emmanuel Macron, le gouvernement réunira en urgence les professionnels du tourisme, de l'énergie, des télécoms et des assurances.
L'incendie perturbe également fortement les transports, une autoroute est fermée sur 60 kilomètres et le trafic ferroviaire interrompu.
Dans le département voisin des Landes, où le feu est "mieux contenu mais pas fixé", il y a déjà eu 30.000 évacuations.
"La situation demeure très défavorable" sur le front des incendies en Gironde, mais aussi dans les Landes et le Var (sud-est), a affirmé le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
Des sapeurs-pompiers de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris se reposent à Marcheprime, à l’ouest de Bordeaux, le 26 juillet 2026, alors qu’un incendie de forêt ravage la forêt au nord du bassin d’Arcachon (Gironde) depuis le 22 juillet ( AFP / ALAIN JOCARD )
Les pompiers approchent d'un "impossible opérationnel", explique le lieutenant-colonel Éric Brocardi.
Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols européens sont très secs depuis des mois, phénomène accentué par les canicules exceptionnelles qui ont traversé le continent en juin et en juillet et fait évaporer davantage d'eau.
Un avion Air Tractor AT-802F Fire Boss largue de l’eau sur un incendie de forêt qui brûle près de San Martín de Valdeiglesias, à environ 70 km à l’ouest de Madrid, le 26 juillet 2026 ( AFP / Cesar MANSO )
"Heures difficiles" en Espagne
De terribles incendies font également rage en Espagne, où le Premier ministre, Pedro Sanchez s'attend à des "heures difficiles". Il se rendra lundi dans la zone sinistrée de Castellón, près de Valence.
Un Canadair survole une maison incendiée à Pelayos de la Presa, à 65 kilomètres à l’ouest de Madrid, le 26 juillet 2026 ( AFP / Oscar DEL POZO )
Il a aussi renouvelé son appel à un "pacte" national pour lutter contre les effets du changement climatique.
Mais Juan Manuel Moreno, 71 ans, originaire du village d'Aldea del Fresno, dans la région de Madrid, ne veut pas entendre parler de fatalité. Il montre à l'AFP des photos sur son téléphone des inondations qui ont submergé sa cour en 2023 et de la tempête Filomena qui a recouvert sa maison de neige en 2021.
Aujourd'hui, à l'autre extrémité du spectre des catastrophes naturelles, les feux de forêt l'ont obligé à évacuer son village et à se réfugier dans un gymnase de la ville voisine de Villamanta.
Des pompiers combattent un incendie de forêt près de San Martín de Valdeiglesias, à environ 70 km à l’ouest de Madrid, le 26 juillet 2026 ( AFP / Oscar DEL POZO )
"Nous accumulons ici une quantité de problèmes. Mais ces choses peuvent être évitées, estime-t-il. La plus grande partie de l'Espagne est boisée, qu'on ne me dise pas qu'elle est propice aux incendies : c'est parce que rien n'est nettoyé."
Si l'incendie d'Avila près de Madrid est le plus grand de l'histoire récente du pays (25.000 ha ravagés, 60.000 personnes évacuées), le feu a fait une première victime samedi près de Valence dans l'est de l'Espagne, dans un autre incendie.
Près de Valence, à La Vall d'Uixó, où des hélicoptères équipés de seaux suspendus arrosent les flammes, "nous nous sommes fait une belle peur", raconte Azucena Paguada, l'une des personnes évacuées.
"On a dû quitter Villavieja en toute hâte (...), la Garde civile est venue chez nous et nous a fait sortir en nous disant qu’on était en danger". "Ça a été une terrible frayeur", confie cette rescapé.
La secrétaire générale de la Protection civile Virginia Barcones a évoqué "un incendie monstre" sur un périmètre de 280 km qui s'étale de la région de Madrid aux provinces d'Ávila (Castille-et-León) et de Tolède (Castille-La Manche) que "l'ensemble de l'appareil d'Etat combat de toutes ses forces", a-t-elle déclaré à la télévision publique espagnole.

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